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Expériences de géoingénierie contestées lors d'une réunion de l'ONU à Nairobi

Title:
Type:
News Item
Date:
05/11/2010
Language:
French
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ETC Group
Communiqué de presse
10 mai 2010
 
Au moment où l’on apprend qu’une expérience à grande échelle en blanchissement des nuages est en préparation, une coalition mondiale exige un arrêt immédiat de la géoingénierie
Les premières discussions de l’ONU sur ce sujet en trente ans commencent aujourd’hui
 
http://www.handsoffmotherearth.org
 
Dans le sillage des rĂ©vĂ©lations, faites dans l’édition du week-end dernier du journal London Times (1), selon lesquelles une Ă©quipe de scientifiques et d’ingĂ©nieurs financĂ©s par le milliardaire Bill Gates prĂ©voirait effectuer bientĂ´t un essai, sur une superficie de 10 000 kilomètres carrĂ©s, d’une technologie controversĂ©e de « blanchissement des nuages Â», plus d’une centaine de groupes de la sociĂ©tĂ© civile exhortent les chefs de gouvernement qui sont prĂ©sents Ă  la rencontre sur la diversitĂ© biologique, Ă  Nairobi, Ă  empĂŞcher dès maintenant toute expĂ©rience en gĂ©oingĂ©nierie. La gĂ©oingĂ©nierie, qui se veut une solution rapide au problème des changements climatiques, englobe diverses manipulations technologiques Ă  grande Ă©chelle et potentiellement dangereuses visant Ă  modifier dĂ©libĂ©rĂ©ment les systèmes de la planète.
 
Le projet « Silver Lining Â», rĂ©alisĂ© Ă  San Francisco et dirigĂ© par l’entrepreneur Kelly Wanser, a reçu jusqu’ici la somme de 300 000 dollars de Bill Gates afin de mettre au point des technologies qui auront pour effet de blanchir les nuages dans les rĂ©gions marines. ThĂ©oriquement, lorsque cette opĂ©ration est effectuĂ©e sur une très vaste Ă©chelle, le blanchissement des nuages est censĂ© entraĂ®ner un accroissement de l’albĂ©do de la Terre en rĂ©flĂ©chissant dans l’espace le rayonnement solaire, dans le but de rĂ©duire le rĂ©chauffement de la planète (sans changer la composition des gaz Ă  effet de serre qui causent ce rĂ©chauffement). Les responsables du projet Silver Lining ont dĂ©cidĂ© de mettre Ă  exĂ©cution leurs plans visant Ă  altĂ©rer la couverture nuageuse sur une Ă©tendue de 10 000 kilomètres carrĂ©s (aussi grande que l’était, il y a quelques jours, la marĂ©e noire causĂ©e par BP) au dessus de l’ocĂ©an, Ă  un endroit gardĂ© secret. Si l’on n’y met pas un frein, l’expĂ©rience de « blanchissement des nuages Â» de Gates pourrait devenir le plus important essai connu en gĂ©oingĂ©nierie rĂ©alisĂ© Ă  ce jour. Il risque d’entraĂ®ner des changements touchant les chutes de pluie et l’altĂ©ration d’autres rĂ©gimes climatiques. La cĂ´te du Pacifique de l’AmĂ©rique du Nord et du Sud (plus prĂ©cisĂ©ment la Californie, l’Équateur, le PĂ©rou et le Chili) est un endroit souvent Ă©voquĂ© comme emplacement probable de cette expĂ©rience par les scientifiques participant aux recherches.
 
Mais ce qui est le plus prĂ©occupant, c’est que, selon ce que rĂ©vèle le Times, « les scientifiques britanniques et amĂ©ricains concernĂ©s n’ont pas l’intention d’attendre la mise en Ĺ“uvre d’une règlementation internationale sur les technologies modifiant dĂ©libĂ©rĂ©ment le climat Â». Or l’élaboration de ces règlements pourrait ĂŞtre entreprise dès cette semaine, alors que des scientifiques et des diplomates en provenance de 193 pays se rencontrent sous les auspices de l’organe scientifique de la Convention des Nations Unies sur la diversitĂ© biologique. La quatorzième rencontre, Ă  Nairobi, de l’OSASTT (Organe subsidiaire chargĂ© de fournir des avis scientifiques, techniques et technologiques), qui se dĂ©roule du 10 au 21 mai 2010, constitue la première fois qu’un organe de l’ONU se penche sur la gĂ©oingĂ©nierie de façon globale depuis la signature, Ă  Genève, en 1976, de la Convention ENMOD, qui interdisait les modifications environnementales « Ă  des fins hostiles Â»(2).
 
Une nouvelle coalition mondiale compte presser les reprĂ©sentants gouvernementaux prĂ©sents Ă  Nairobi d’adopter un moratoire sur tous les essais en gĂ©oingĂ©nierie, tout comme la Convention des Nations Unies sur la diversitĂ© biologique avait adoptĂ©, en 2008, un moratoire sur la fertilisation des ocĂ©ans. Plus d’une centaine d’organisations et d’individus, notamment des dirigeants des mouvements mondiaux pour la dĂ©fense de l’environnement et pour la justice, se sont joints Ă  la campagne H.O.M.E. (Hands Off Mother Earth) : Ne touchez pas Ă  notre Terre mère – notre planète n’est pas un laboratoire (www.handsoffmotherearth.org).

« Notre planète Terre ne devrait pas ĂŞtre traitĂ©e comme un laboratoire servant Ă  rĂ©aliser des expĂ©riences risquĂ©es en gĂ©oingĂ©nierie, dit Silvia Ribeiro, du bureau de Mexico de l’ETC Group, prĂ©sente Ă  la rencontre de l’OSASTT, Ă  Nairobi. Les changements climatiques causĂ©s par les humains constituent dĂ©jĂ  une menace pour les terres, les ocĂ©ans, l’approvisionnement en nourriture et les droits humains. Nous ne voulons pas nous lancer dans d’autres expĂ©riences dangereuses aux dĂ©pens de notre planète. S’ils croient que les populations et les gouvernements d’Équateur, du PĂ©rou ou du Chili – ou de tout autre endroit qu’ils pourraient viser – resteront les bras croisĂ©s pendant qu’ils perturbent les ocĂ©ans, les nuages et le climat, ils auront toute une surprise. Les dĂ©lĂ©guĂ©s prĂ©sents Ă  la rencontre sont scandalisĂ©s par ces projets. Â»

« Nous savions que Microsoft Ă©tait en train de mettre au point des applications d’informatique en nuage, mais nous Ă©tions loin de nous attendre Ă  cela, affirme Jim Thomas de l’ETC Group, l’une des organisations fondatrices de la campagne HOME. Bill Gates et ses copains trafiqueurs de nuages n’ont pas le droit de modifier unilatĂ©ralement les ocĂ©ans et le ciel de cette façon. L’imposition d’un moratoire mondial sur les essais en gĂ©oingĂ©nierie est devenue tout Ă  coup beaucoup plus urgente, et la rencontre de Nairobi est l’endroit idĂ©al pour faire en sorte que ce moratoire soit mis en place rapidement. Â»
 
-30-

Information additionnelle :

Quoi : le terme géoingénierie fait référence à des entreprises technologiques à grande échelle visant à remédier aux changements climatiques en procédant à des modifications délibérées du climat, des cycles météorologiques, de l’atmosphère et des océans. Mentionnons à titre d’exemples le déversement de nutriments dans la mer afin de stimuler la prolifération d’algues (la fertilisation des océans), la transformation de vastes monocultures d’arbres pour produire un charbon que l’on enfouit dans le sol (le biochar), la pollution délibérée de la couche supérieure de l’atmosphère avec des particules de sulfure ou d’aluminium dans le but de refléter le rayonnement solaire (les aérosols stratosphériques) et le blanchissement des nuages. Toutes ces manipulations ont d’importants impacts potentiels sur l’environnement, la biodiversité et les modes de subsistance des populations, en particulier dans le Sud. Les partisans de la géoingénierie affirment qu’on n’a pas le temps d’attendre la conclusion d’une entente politique mondiale qui s’attaquerait aux causes réelles des changements climatiques et que, par conséquent, de braves scientifiques et de riches entrepreneurs devraient plutôt s’employer à sauver le monde en mettant en œuvre leurs propres solutions technologiques.
 
Actuellement, plusieurs essais en gĂ©oingĂ©nierie sont sur le point d’être dĂ©ployĂ©s, et ce, en l’absence d’un cadre de surveillance mondial, et des expĂ©riences de plus grande envergure sont prĂ©vues. Les tenants de la gĂ©oingĂ©nierie, y compris ceux qui sont aux commandes de l’essai sur les nuages parrainĂ© par Gates, ont rĂ©cemment proposĂ© l’élaboration de « lignes directrices volontaires Â» plutĂ´t que l’établissement de mĂ©canismes de surveillance multilatĂ©raux pleinement indĂ©pendants. La proposition qui est actuellement soumise dans le cadre de l’OSASTT-14 demande aux gouvernements de se pencher sur les implications de la gĂ©oingĂ©nierie sur la biodiversitĂ© (de mĂŞme que d’examiner les interventions soutenues effectuĂ©es en matière de fertilisation des ocĂ©ans depuis 2008). Les groupes de la sociĂ©tĂ© civile insistent pour dire que les essais doivent ĂŞtre stoppĂ©s pendant que les gouvernements examinent les implications de ces recherches.
 
Qui : une nouvelle campagne mondiale et une coalition visant Ă  stopper les essais en gĂ©oingĂ©nierie ont Ă©tĂ© lancĂ©es le mois dernier Ă  l’occasion d’une rencontre internationale sur les changements climatiques Ă  Cochabamba, Bolivie. La campagne H.O.M.E. (Hands Off Mother Earth : ne touchez pas Ă  notre Terre mère) demande aux gouvernements, par l’entremise de l’ONU, de mettre fin aux essais unilatĂ©raux Ă  ciel ouvert en gĂ©oingĂ©nierie, en faisant valoir qu’ils sont trop risquĂ©s et qu’ils gĂ©nèrent des injustices. Les partisans de la campagne HOME contre la gĂ©oingĂ©nierie comptent dans leurs rangs des environnementalistes de renom comme Bill McKibben, David Suzuki, Vandana Shiva et Naomi Klein. Les organisations qui soutiennent la campagne HOME sont entre autres l’ETC Group, Amis de la Terre International, le Third World Network, l’Indigenous Environmental Network, la Via Campenina, l’Asian Indigenous Peoples Pact, Biofuelwatch et bien d’autres.
 
Des mains levées : de plus, des membres du public téléchargent en grand nombre des images où l’on peut lire, inscrits sur la paume de leurs mains, des messages contre la géoingénierie. Ces images sont destinées à une pétition-photo accessible à http://www.handsoffmotherearth.org . À la rencontre de l’OSASTT-14, à Nairobi, une affiche géante illustrant l’ampleur de la contestation est placée bien en vue, et trois représentants de l’ETC Group y sont présents et travaillent avec les partenaires de la campagne à informer les délégués à propos du mouvement de protestation et de sa raison d’être.
 
 
Pour plus d’information sur la campagne Hands Off Mother Earth, rendez-vous à
 
http://www.handsoffmotherearth.org.
 
Ă€ Nairobi :

*Neth Dano, neth@etcgroup.org
Cell. et SMS : + 63 917 532 9369
Cell. Ă  Nairobi : +254 712 605 622

Silvia Ribeiro, silvia@etcgroup.org
Cell. et SMS : +52 1 55 2653 3330
Cell. Ă  Nairobi : +254 712 601 660

*Molly Kane, molly@etcgroup.org ; cell. et SMS : + 1 613 797-6421

Au Canada :
 
Diana Bronson – diana@etcgroup.org ; cell. : 514 629-9236
Jim Thomas – jim@etcgroup.org ; cell. : 514 516-5759
Pat Mooney – etc@etcgroup.org ; cell. : 613 240-0045

(1)  Voir Ben Webster, « Bill Gates Pays for artificial clouds to beat greenhouse gases Â», 8 mai 2010, Times Online, Ă  http://technology.timesonline.co.uk/tol/news/tech_and_web/article7120011....

(2) Convention sur l’interdiction d’utiliser des techniques de modification de l’environnement à des fins militaires ou toutes autres fins hostiles. Voir http://www.icrc.org/dih.nsf/FULL/460?OpenDocument.