Communiqué
Janvier 2008
Numéro 97
Les appareils défaillants de l’alimentation = cuisine branchée de Paris
Souveraineté alimentaire – à la cartel?
Parce que les États n’ont pas su gouverner, les grandes institutions multilatérales de l’alimentation et l’agriculture sont dans le pétrin. Si les États et les secrétariats internationaux ne coopèrent pas, ces institutions subiront des torts irréparables : les multinationales de l’agroalimentaire et les nouveaux philantro-capitalistes vont continuer de combler le vide du pouvoir créé par les États membres de l’OCDE depuis quelques décennies.
Le contexte : La souveraineté alimentaire, une doctrine politique issue de Via Campesina, est devenue un problème géopolitique branché. Pour la première fois depuis des décennies, l’alimentation fait partie des priorités internationales – grâce à la panique issue des bouleversements climatiques; de la démographie galopante; de l’appétit croissant pour la viande et les produits laitiers; et de l’essor des agrocarburants qui monopolisent les sols et font grimper les prix. Tout cela alors que le travail réalisé par les grandes institutions multilatérales de l’alimentation et l’agriculture fait l’objet d’évaluations sévères, et que les nouveaux philanthro-capitalistes affermissent leur emprise sur l’agriculture et le développement rural.
L’enjeu : On estime que les changements climatiques vont gruger 20 % de la production alimentaire du Sud mondialisé, alors que les agrocarburants vont accaparer jusqu’à 12 % des sols arables et que les dépenses alimentaires augmentent sans cesse (de plus de 1 billion $ depuis 2004). L’objectif du Millénaire pour le développement de réduire de moitié la faim dans le monde d’ici 2015 part vraiment en eau de boudin. On prévoit que les rangs des affamés vont passeront de 854 millions aujourd’hui à 1,2 milliard en 2025.
Les acteurs : Il semble que personne n’ait vu venir le problème. Les États blâment les institutions multilatérales qu’ils gouvernent, et les institutions blâment l’inertie des États. Les scientifiques veulent de l’argent pour créer une écopanacée. L’industrie aussi – mais en restant loin de la mire. Les nouvelles mégafondations veulent fondre les priorités du public et celles du privé dans une stratégie commune. Les agriculteurs veulent le programme de souveraineté alimentaire qu’ils ont adopté au Mali l’an dernier.
Les forums : La Convention sur la diversité biologique et la Commission des Nations unies sur le développement durable feront plein feu sur l’agriculture au cours des six premiers mois de l’année et la FAO tiendra en juin une réunion annuelle sur les problèmes majeurs. Aussi en 2008, les États étudieront les évaluations récentes du FIDA, de la FAO et du GCRAI, le programme agricole de la Banque mondiale et la nouvelle stratégie du Programme alimentaire mondial. Il pourrait y avoir du grabuge au Ghana du 2 au 4 septembre, à la réunion de haut niveau régie par l’OCDE en rapport avec la Déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide adoptée en 2005 – la cuisine branchée de Paris. Les États vont-ils sauver les appareils défaillants ou créer de nouveaux cartels de l’alimentation? Les organisations paysannes, les pêcheurs, les peuples autochtones et les petits éleveurs seront-ils invités à la table?
La politique : Malgré leur affaiblissement, ces institutions sont le dernier rempart du multilatéralisme. Si les États baissent les bras, les membres de l’OCDE vont s’isoler encore plus dans le bilatéralisme et céder les rênes au mécénat d’entreprise et à l’agroalimentaire. Le secrétaire général des Nations unies doit convoquer une rencontre immédiate avec les dirigeants des grands appareils multilatéraux de l’alimentation et l’agriculture et leurs comités exécutifs afin d’établir un processus de renouveau. Le problème, c’est que ni les États ni les secrétariats ne démontrent la volonté politique d’intervenir de façon décisive. Et la société civile – seule capable de faire tourner le vent – ne s’intéresse pas au bourbier multilatéral. Une partie de la solution est peut-être la tenue d’un nouveau Forum romain réunissant tous les acteurs multilatéraux, les États, la société civile et les mouvements sociaux.






