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Toitures blanches, poussière noire et pentes glissantes : Les ingénieurs climatiques prônent des solutions technologiques dans la foulée des négociations mondiales

Title:
Type:
News Item
Date:
06/01/2009
Language:
French
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communiqué de presse
Le 1er juin 2009
www.etcgroup.org, www.biofuelwatch.org.uk

Toitures blanches, poussière noire et pentes glissantes :

Les ingénieurs climatiques prônent des solutions technologiques dans la foulée des négociations mondiales

Le discours prononcé la semaine dernière par Steven Chu, Secrétaire à l’énergie des États-Unis, qui proposait de peindre les toitures et les routes en blanc afin de réfléchir les rayons solaires, pourrait bien constituer une nouvelle tentative de tâter le terrain international sur le sujet controversé de la géoingénierie.[i]  « À la veille de la conférence de Copenhague, il importe que la Maison-Blanche déclare de façon non équivoque que le gouvernement américain ne compte pas donner le feu vert à la géoingénierie », a dit Pat Mooney, directeur général de l’ETC Group, une organisation de la société civile vouée à la surveillance des nouvelles technologies et dont le siège se trouve à Ottawa. Préalablement à la rencontre des parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) au Danemark, en décembre prochain, les organes subsidiaires de la CCNUCC se réunissent cette semaine et la semaine prochaine à Bonn, Allemagne. « Un travail de peinture planétaire peut paraître anodin, mais ces toitures blanches pourraient constituer un dangereux précédent : l’utilisation d’une technologie en apparence inoffensive qui ouvre la porte à des initiatives plus risquées en géoingénierie », suggère M. Mooney.[ii]  La géoingénierie englobe diverses manipulations délibérées à large échelle de l’environnement terrestre, dans le but premier de contrer les effets des changements climatiques.

La géoingénierie risque d’être le sujet de l’heure dans les coulisses de la rencontre de cette semaine, et peut-être aussi dans les sessions officielles, alors que les gouvernements s’assoiront autour d’une table pour négocier le plan de l’après-Kyoto, à Bonn. En effet, l’établissement des règles en matière de manipulation planétaire de la biosphère à l’aide de technologies risquées et non testées est beaucoup plus controversé que ne pourrait le suggérer la simple application de peinture blanche. Déjà, les textes préliminaires aux négociations de Copenhague regorgent de références au « perfectionnement des technologies » et à la « collaboration du secteur privé ». Les défenseurs des solutions technologiques en matière climatique sont pressés d’obtenir un soutien financier et politique pour pouvoir procéder à des essais en conditions réelles, même si des décisions cruciales relatives aux aspects incertains de ces solutions technologiques n’ont pas encore été prises.

« Les participants aux négociations sur les changements climatiques doivent être conscients de la pente glissante sur laquelle ils risquent de s’engager si l’on ouvre la porte à la géoingénierie. Une fois que les gouvernements auront opté pour une solution technologique au péril climatique, il deviendra très difficile de reporter notre attention sur la nécessité de réduire les émissions dans les pays riches et d’y allouer les ressources adéquates, selon Diana Bronson de l’ETC Group. Les politiciens s’empresseront d’annoncer qu’ils ont trouvé une solution technologique qui nous permettra de continuer de conduire nos voitures et de consommer de la nourriture soi-disant “bon marché” issue d’une agriculture industrielle grassement subventionnée. Mais ces technologies n’ont pas fait l’objet d’un examen approfondi, aucun mécanisme de gouvernance n’a été mis en place pour en assurer la surveillance et le public n’a pas accès à l’information nécessaire pour faire la différence entre la science et la poudre aux yeux écologique. »

Le lobby de la géoingénierie (dans les secteurs des entreprises et de la science) s’est renforcé au cours de la dernière année, porté par le sentiment d’urgence croissant et légitime face à l’inefficacité de la réponse multilatérale apportée à la crise des changements climatiques. Malheureusement, le processus de prise de décisions démocratique et multilatéral risque de se voir détourné par ceux qui cherchent à tirer profit de solutions technologiques miracles qui relèvent de la spéculation. Le biochar est un exemple typique : la très influente International Biochar Initiative, qui cherche à obtenir un financement auprès du Mécanisme pour un développement propre, est une organisation hybride composée de chercheurs universitaires et de membres de l’industrie. Le biochar, qui est essentiellement un charbon de bois produit à partir de la combustion de matières végétales dans des conditions déficitaires en oxygène, est présenté comme un nouveau moyen d’assurer le stockage du carbone dans les sols.

En effet, les textes préliminaires aux négociations qui auront lieu à la conférence de Copenhague sur le climat, en décembre, contiennent déjà des déclarations d’appui au biochar.[iii]  « Même si le biochar arrivait à séquestrer efficacement le carbone, ce qui est loin d’être assuré, pour contribuer à freiner les changements climatiques, il faudrait réaliser la combustion d’énormes quantités de bois et de matières végétales, ce qui constituerait une menace à la biodiversité terrestre ainsi qu’aux communautés vivant sur des terres considérées comme marginales », affirme Almuth Ernsting de l’organisation Biofuelwatch.[iv]  À l’instar des autres formes de carbone noir, le biochar contribue en réalité au réchauffement climatique lorsqu’il se retrouve dans l’atmosphère. Dans le cadre d’un essai sur le terrain effectué récemment au Québec, au moins 30 % de la poudre de biochar s’est disséminée dans l’atmosphère en cours de transport ainsi que lors de son épandage sur les champs et de son enfouissement dans le sol.[v]  De toute évidence, tout cela n’a pas fait l’objet d’une réflexion approfondie. »

« Compte tenu des risques d’exécution unilatérale et des impacts imprévisibles des initiatives de géoingénierie, les groupes de la société civile doivent exiger des réponses claires de leurs gouvernements. Les paysans agriculteurs, les peuples autochtones ainsi que les pays et les communautés qui seront les plus gravement frappés par la crise climatique ont le droit absolu de participer aux prises de décisions sur les technologies qui sont financées et déployées, dit Pat Mooney de l’ETC Group. Car en l’absence de processus démocratiques de base et de débat multilatéral, la géoingénierie équivaut ni plus ni moins à de la géo-piraterie. »

-30-

Diana Bronson (Montréal, Canada) diana@etcgroup.org
Téléphone : +1 514 273 6661 Cell. : +1 514 629 9236

Pat Mooney (Ottawa, Canada) etc@etcgroup.org
Téléphone : +1 613 241 2267 Cell. : +1 613 240 0045

Rachel Smolker, Biofuelwatch (É.-U.) rsmolker@riseup.net
Téléphone : +1 802 482 2848  Cell. : +1 802 735-7794

Almuth Ernsting, Biofuelwatch (Royaume-Uni) almuthbernstinguk@yahoo.co.uk
0044-1224-324797 Cell. (à Bonn) : 00 44-7931-636337

[i] Steven Chu a livré un discours à l’occasion du Symposium des lauréats du prix Nobel, qui s’est déroulé à Londres du 26 au 28 mai, 2009, au St James’s Palace.
     
[ii] La peinture des surfaces en blanc s’inscrit dans une catégorie de technologies de géoingénierie désignée sous le terme de Gestion du rayonnement solaire (GRS). La GRS vise à diminuer les effets des changements climatiques en réduisant la quantité de rayons solaires qui atteignent la terre, soit en les bloquant, soit en les réfléchissant dans l’espace. La GRS a pour but d’atténuer les effets du réchauffement planétaire sans réduire la quantité de gaz à effet de serre présents dans l’atmosphère – elle s’attaque ainsi aux symptômes plutôt qu’à la cause du problème. Il existe d’autres techniques de GRS plus audacieuses comme le blanchissement des nuages, le déploiement d’écrans parasols dans l’espace, l’injection de sulfates dans l’atmosphère, l’installation de miroirs spatiaux qui réfléchissent la lumière solaire et la plantation d’arbres génétiquement modifiés possédant des feuilles extrêmement luisantes

[iii] Paragraphe 134 du texte préliminaire sur les actions de coopération à long terme : « Il faudra se pencher sur le rôle des sols dans la séquestration du carbone, notamment par l’utilisation du biochar et l’amélioration de l’efficacité des puits de carbone sur les terres arides. »  Disponible sur internet à l’adresse suivante : http://unfccc.int/documentation/documents/advanced_search/items/3594.php...

[iv] http://www.biofuelwatch.org.uk/

[v] BlueLeaf : Solutions pour l’environnement, Évaluation préliminaire de Biochar dans une entreprise d’agriculture commerciale au Canada, 2009, p. 8, disponible sur internet à http://www.blue-leaf.ca/main-fr/report_a3.php.

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