Communiqué de presse
Le 12 février 2010
www.etcgroup.org
Les partisans de la gĂ©oingĂ©nierie prĂ©conisent lâexpĂ©rimentation de technologies Ă haut risque
Des normes volontaires pour prendre la planĂšte en otage
Si la plupart des scientifiques ont quittĂ© la ConfĂ©rence de Copenhague sur le climat plutĂŽt dĂ©primĂ©s quant Ă la force de leur influence, un petit groupe de dĂ©fenseurs de la gĂ©oingĂ©nierie en sont sortis enhardis par lâabsence de rĂ©sultats et lâincertitude qui en dĂ©coule face Ă lâavenir. Ce groupe de scientifiques souhaite procĂ©der Ă des recherches et Ă des expĂ©rimentations sur des technologies de gĂ©oingĂ©nierie controversĂ©es, et la « gestion du rayonnement solaire » (GRS) suscite chez eux un rĂ©el enthousiasme. La GRS est un type dâintervention permettant de « faire baisser le thermostat de la planĂšte » en rĂ©flĂ©chissant une portion des rayons solaires dans lâespace, au moyen dâune variĂ©tĂ© de techniques allant du dĂ©ploiement dâĂ©crans parasols dans lâespace Ă lâinjection dâaĂ©rosols Ă base de sulfates dans la stratosphĂšre, en passant par le blanchissement des nuages. Ces interventions trĂšs risquĂ©es pouvant altĂ©rer la planĂšte auraient pour effet dâinfluer sur le rĂ©chauffement climatique sans pour autant sâattaquer Ă sa cause, qui est la concentration excessive de gaz Ă effet de serre dans lâatmosphĂšre.
La prĂ©sentation de la gĂ©oingĂ©nierie Ă titre de plan B est effectuĂ©e trĂšs adroitement : des tables rondes constituĂ©es dâĂ©minents experts et commanditĂ©es par des groupes prestigieux, une avalanche dâarticles revus par des pairs publiĂ©s au cours du mois de janvier dans diverses revues scientifiques et une foule de politiciens paniquĂ©s dans les pays du Nord, qui acquiescent nerveusement lorsque des scientifiques affirment la « nĂ©cessitĂ© de procĂ©der Ă des recherches sur le plan B[i] ». « Cette offensive de lobbying dure depuis plus dâun an dĂ©jĂ , mais elle vient dâentrer dans une nouvelle phase cruciale. Le monde doit porter attention », affirme Diana Bronson de lâETC Group, une organisation vouĂ©e Ă la surveillance des technologies dont le bureau central se trouve au Canada. « Les partisans de la gĂ©oingĂ©nierie, poursuit-elle, prĂŽnent maintenant la rĂ©alisation dâessais en grandeur rĂ©elle avec certaines des technologies de modification du climat les plus risquĂ©es, et un grand nombre dâentre eux nâont aucunement lâintention dâattendre la conclusion dâun accord international en matiĂšre de rĂ©glementation. Les gouvernements doivent leur dire quâils nâont pas le droit dâappliquer ces techniques de gĂ©oingĂ©nierie Ă lâĂ©chelle planĂ©taire. On ne peut pas sâattendre Ă ce que les pays industrialisĂ©s, qui sont Ă lâorigine du problĂšme du rĂ©chauffement climatique, dĂ©ploient unilatĂ©ralement une solution technologique dont les impacts seraient le moins du monde Ă©quitables. »
David Keith, un physicien canadien qui agit comme conseiller auprĂšs de Bill Gates relativement au financement que celui-ci accorde Ă la gĂ©oingĂ©nierie, a fait montre dâune insolence particuliĂšre en dĂ©clarant que les expĂ©rimentations au moyen de ces technologies « rapides, peu coĂ»teuses et imparfaites » constituent un « moyen de protection ». Dans la revue scientifique Nature[ii] par exemple, lui et ses coauteurs disent que le budget allouĂ© Ă un Ă©ventuel programme international de recherche sur la GRS devrait ĂȘtre multipliĂ© par cent (passer de 10 millions Ă un milliard de dollars) sur une pĂ©riode de dix ans. Il prĂ©conise des essais rĂ©alisĂ©s Ă une Ă©chelle suffisamment grande pour avoir un effet sur le climat, mais assez modeste pour « limiter les risques ». Lâarticle, qui a attirĂ© lâattention de nombreux mĂ©dias populaires, aborde aussi lâĂ©pineuse question de la gouvernance, en la prĂ©sentant comme un enjeu consistant à « Ă©tablir un contrĂŽle collectif lĂ©gitime » afin dâĂ©viter les actions unilatĂ©rales irresponsables. Mais Keith et ses coauteurs se prononcent contre la nĂ©gociation dâun traitĂ© international â ou de tout autre type de rĂ©glementation internationale â car la rĂ©glementation pourrait entraĂźner des « lourdeurs » nuisant Ă la recherche ou mĂȘme mener Ă une interdiction des essais. Ils appellent plutĂŽt Ă lâadoption dâune « approche partant de la base », suivant laquelle les divers acteurs interviendraient dans le cadre dâune coordination « souple » oĂč une relation « itĂ©rative » serait Ă©tablie entre les scientifiques et un groupe sĂ©lect dâanciens politiciens et de dirigeants dâONG qui Ă©tudierait les possibilitĂ©s en matiĂšre de gouvernance, pendant que des essais seraient rĂ©alisĂ©s. Le message que Keith envoie aux politiciens est simple : il faut laisser aux scientifiques le contrĂŽle de la discussion, tout en invitant les autres Ă sây joindre ; lâapproche doit prĂ©voir un appui soutenu en faveur dâun ambitieux programme de recherche et dâessais ; et il ne faut PAS que les Nations Unies sâen mĂȘlent[iii].
Un autre article publiĂ© il y a environ deux semaines dans la revue Science[iv] parle de la « politique de la gĂ©oingĂ©nierie ». Les auteurs, Blackstock et Long, plaident Ă©galement en faveur dâune intensification de la recherche sur la GRS et souhaitent la rĂ©alisation dâessais « Ă Ă©chelle restreinte », mais Ă©mettent une mise en garde contre les « recherches ayant des impacts climatiques » (câest-Ă -dire le dĂ©ploiement des technologies) rĂ©alisĂ©es avant que soit mis en place un cadre international pouvant « faciliter le processus ». Ils demandent poliment aux scientifiques de « renoncer aux essais ayant des impacts climatiques et de limiter les essais Ă Ă©chelle restreinte jusquâĂ ce quâils soient autorisĂ©s dans le cadre dâun processus international ouvert et lĂ©gitime ». Ils se disent favorables Ă un processus volontaire selon lequel les scientifiques Ă©tabliraient leurs propres normes, comme ils ont lâintention de le faire Ă lâoccasion dâune rencontre qui aura lieu Ă la fin du mois de mars Ă Asilomar, Californie, rencontre quâils qualifient de « premiĂšre Ă©tape[v] ». La notion de « code volontaire » rĂ©gissant la recherche et les essais en gĂ©oingĂ©nierie a Ă©tĂ© dĂ©fendue par des sociĂ©tĂ©s privĂ©es de fertilisation des ocĂ©ans ainsi que par la UK Royal Society[vi]. Mais les groupes de la sociĂ©tĂ© civile craignent que cette discussion empĂȘche la rĂ©alisation dâun dĂ©bat international plus fondamental sur le bien-fondĂ© des technologies de gĂ©oingĂ©nierie.
Dans ce mĂȘme numĂ©ro de la revue Science, Alan Robock et al.[vii] fournissent des preuves du danger que reprĂ©sentent les essais dâaĂ©rosols stratosphĂ©riques, et montrent que la gestion du rayonnement solaire « ne peut faire lâobjet dâessais probants sans ĂȘtre mise en Ćuvre en grandeur rĂ©elle », ce qui « risque de perturber la production alimentaire sur une grande Ă©chelle ». Une importante dose dâaĂ©rosols injectĂ©e de façon continue serait nĂ©cessaire pour pouvoir distinguer les impacts rĂ©els sur le climat des « interfĂ©rences » climatiques habituelles. Un tel dĂ©ploiement, dont lâampleur Ă©quivaudrait Ă une Ă©ruption semblable Ă celle du mont Pinatubo, en 1991, tous les quatre ans, pourrait effectivement faire diminuer la tempĂ©rature mondiale moyenne de lâair en surface. Mais cela affecterait aussi lâapprovisionnement en eau et en nourriture de plus de deux milliards de personnes !
Les gens qui croient que ces idées sont encore marginales devraient porter attention aux audiences mixtes sur la géoingénierie menées par les comités sur la science et la technologie de la Chambre des représentants américaine et la Chambre des communes du Royaume-Uni. Au cours des trois derniers mois, la succession de partisans de la géoingénierie qui se sont exprimés dans le cadre de ces audiences a réussi à noyer les opinions qui appellent à une approche plus prudente. De plus :
- Bill Gates a versĂ© des millions de dollars pour des recherches reliĂ©es Ă la gĂ©oingĂ©nierie depuis 2007[viii], et lâancien technicien en chef de Microsoft, Nathan Myhrvold, est devenu un dĂ©fenseur acharnĂ© de la GRS. Lâentreprise de Myhrvold, Intellectual Ventures, a dĂ©jĂ plusieurs brevets en cours dâhomologation pour des technologies issues de la gĂ©oingĂ©nierie[ix].
- Le milliardaire Richard Branson a créé un « âWar Roomâ du climat[x] » pour pouvoir travailler avec les « acteurs appropriĂ©s » dans le but de « crĂ©er un plan stratĂ©gique de gouvernance et de rĂ©glementation » dans le « champ de bataille » de la gĂ©oingĂ©nierie.
- Plusieurs nouveaux programmes de financement de la recherche et groupes de rĂ©flexion sont mis sur pied, principalement aux Ătats-Unis et au Royaume-Uni.
- Le principal conseiller scientifique de Vladimir Poutine, Yuri Izrael, a dirigĂ© lâannĂ©e derniĂšre, en Russie, une expĂ©rience Ă petite Ă©chelle de vaporisation dâaĂ©rosols Ă base de sulfates qui est passĂ©e totalement inaperçue, jusquâĂ ce quâun blogue populaire en fasse Ă©tat[xi].
« Câest une chose dâĂ©tudier la gĂ©oingĂ©nierie en ayant recours Ă la modĂ©lisation informatique et Ă des tests en laboratoire. Mais câen est une autre de laisser les hommes et les pays les plus riches du monde entreprendre des essais rĂ©els qui trafiquent le systĂšme climatique complexe de la planĂšte, que nous ne comprenons pas entiĂšrement. SuggĂ©rer un processus de gouvernance « partant de la base » pour de telles technologies parachutĂ©es dâen haut et risquant dâaltĂ©rer la planĂšte est absurde. Sâils veulent un vrai processus « partant de la base », ils doivent commencer par se prĂ©occuper des populations qui, Ă la base, ont dĂ©jĂ Ă©tĂ© affectĂ©es par les changements climatiques causĂ©s par lâindustrie. Or Gates, Branson et les Ă©lites partisanes de la gĂ©oingĂ©nierie sont bien loin de la base. Je suis certaine quâils Ă©viteront de se mouiller les pieds tout en sâenrichissant, peu importe ce quâil adviendra de la planĂšte. Le lobby de la gĂ©oingĂ©nierie ne possĂšde aucun mandat et nâa pas le droit de âgĂ©rer le rayonnement solaireâ au nom de qui que ce soit », affirme Silvia Ribeiro, du bureau de Mexico de lâETC Group.
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Information :
Diana Bronson (Montréal, Canada) diana@etcgroup.org
Téléphone : +1 514 273 6661 Cell. : +1 514 629 9236
Pat Mooney (Ottawa, Canada) etc@etcgroup.org
Téléphone : +1 613 241 2267 Cell. : +1 613 240 0045
Silvia Ribeiro (Mexico) silvia@etcgroup.org
Téléphone : 011 52 5555 6326 64
Neth Dano (Davao, Philippines) neth@etcgroup.org
Téléphone : +63-917-532-9369
NOTES
[i] Voir par exemple : la sĂ©rie de tables rondes sur la gĂ©oingĂ©nierie organisĂ©e par la Royal Society et ses partenaires au centre Bella, Ă Copenhague, archivĂ©e Ă http://www.cigionline.org/articles/2009/12/cop-15-side-event-international-governance-geoengineering-research ; la longue entrevue de Fareed Zakaria avec Nathan Myhrvold sur CNN, le lendemain de lâĂ©chec de Copenhague, Ă http://www.cnn.com/video/#/video/podcasts/fareedzakaria/site/2009/12/20/gps.podcast.12.20.cnn?iref=allsearch ; lâarticle de David Keith dans la revue Nature, intitulĂ© « Research on Global Sunblock Needed Now » (voir plus bas), obtient 112 mentions Ă lâissue dâune recherche Google ActualitĂ©s ; des audiences mixtes sur la gouvernance en matiĂšre de gĂ©oingĂ©nierie se dĂ©roulent actuellement aux Ătats-Unis et au Royaume-Uni, et la plupart des personnes invitĂ©es Ă tĂ©moigner jusquâici prennent part activement Ă la recherche et dĂ©veloppement dans ce domaine. Voir les communiquĂ©s de presse « Sub-Committee Examines Geoengineering Strategies and Hazards », Ă http://science.house.gov/press/PRArticle.aspx?NewsID=2741, et « New Enquiry: The Regulation of Geoengineering », Ă http://www.parliament.uk/parliamentary_committees/science_technology/s_t....
[ii] David Keith, Ed Parsons et Granger Morgan, « Research on Global Sun Block Needed Now », Nature, vol. 463, 28 jan. 2010, disponible (pour les abonnés) à http://www.nature.com/nature/journal/v463/n7280/full/463426a.html.
[iii] Voir aussi le tĂ©moignage de David Keith devant lâUK Parliamentary Committee on Science and Technology Ă http://www.publications.parliament.uk/pa/cm200910/cmselect/cmsctech/uc22....
[iv] Jason J. Blackstock et Jane C. S. Long, « The Politics of Geoengineering », Science, 29 janvier 2010, vol. 327, no 5965, p. 527.
[v] Voir lâannonce de la ConfĂ©rence dans le groupe Google sur la gĂ©oingĂ©nierie : http://groups.google.com/group/geoengineering/browse_thread/thread/a5731....
[vi] Voir UK Royal Society, Geoengineering the Climate: Science, Governance and Uncertainty, 2009, recommandation 7, page 61. Le nouveau groupe Climos, en Californie, prÎne aussi un code volontaire en matiÚre de fertilisation des océans, à http://www.climos.com/standards/codeofconduct.pdf.
[vii] Alan Robock, Martin Bunzl, Ben Kravitz, Georgiy L. Stenchikov, « A Test for Geoengineering? », Science, 29 janvier 2010, vol. 327, no 5965, p. 530-31.
[viii] Eli Kintisch, « Bill Gates Funding Geoengineering Research », Science Insider, 26 janvier 2010, disponible à http://blogs.sciencemag.org/scienceinsider/2010/01/bill-gates-fund.html.
[ix] Voir ETC Group, Retooling the Planet? Climate Chaos in a Geoengineering Age, Société suédoise de conservation de la nature, 2009, p. 30.
[x] Voir www.carbonwarroom.com.
[xi] Voir Chris Mooney, « Copenhagen: Geoengineeringâs Big Break? », http://motherjones.com/environment/2009/12/copenhagen-geoengineerings-big-break ; voir aussi Yu A. Izrael et al., « Field Experiment on Studying Solar Radiation Passing Through Aerosol Layers », Russian Meteorology and Hydrology, 2009, vol. 34, no 5, p. 265-273.






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