Des technologies « terminator » aux technologies « exterminator »

Vingt ans après les semences-suicide, la société civile se mobilise en Egypte cette semaine pour parer aux suites de ces transgènes : le forçage génétique
22 Novembre 2018

L’histoire se répète

Il y a maintenant vingt ans, le Groupe ETC a découvert un brevet étasunien sur les technologies surnommées depuis lors « technologies terminator » — des semences génétiquement modifiées qui font que les agriculteurs ne peuvent ni conserver ni assurer la reproduction des semences. La société civile et les mouvements paysans ont protesté contre le fait que ces semences-suicide menaçaient des pratiques de conservation des semences aussi anciennes que l’agriculture.

L’histoire de la technologie terminator est emblématique de la lutte mondiale contre les OGM. Ses promoteurs, uniquement intéressés par le fait de défendre leurs profits, n’ont pas évalué les impacts sociaux, économiques et environnementaux de la stérilisation des semences. Après un tollé général de la part de la société, y compris au sein des organismes des Nations Unies, un moratoire international a été décrété en 2000 sur ces technologies en vertu de la Convention sur la diversité biologique des Nations Unies.

Aujourd’hui, un outil génétique révolutionnaire, une sorte de « descendant des terminator » appelé forçage génétique reprend ce rôle emblématique : si la technologie terminator permettait aux entreprises de rendre leurs propres semences propriétaires stériles, le forçage génétique va quant à lui bien plus loin puisqu’il propage de manière active et invasive la stérilité et d’autres gènes manipulés dans la nature.

Des terminator à l’extermination

Le forçage génétique détourne les règles de la reproduction sexuée pour forcer l’installation d’un nouveau gène dans une population entière d’organismes, pouvant ainsi mener à l’anéantissement d’espèces entières.

Les organismes issus du forçage génétique et résultant de ces manipulations — dont certains semblent fonctionner en laboratoire — sont en réalité des organismes qui entraînent de force l’extermination (on peut alors parler d’organismes exterminator, exterminateurs) et qui pourraient se révéler bien plus dangereux pour les droits des peuples, la sécurité alimentaire et l’environnement que les organismes issus des technologies terminator.

Bien que le forçage génétique soit présenté comme un outil voué à la santé et à la conservation, les investissements et les intérêts réels de ces technologies visent, une fois encore, l’agriculture et l’alimentation (voir à ce propos les données éloquentes versées dans notre dernier rapport, Forcing the Farm).

Culmination des discussions en Egypte

Une fois de plus, des négociations sur les technologies d’extinction génétique vont avoir lieu puisque 196 pays négocient à la Convention sur la diversité biologique des Nations Unies (CDB).

Les paysans, les peuples autochtones et la société civile seront présents à la quatorzième conférence des Parties à la CDB à Sharm El-Sheikh, en Egypte. Ils sont soutenus par plus de 250 organisations et personnalités issues des mouvements sociaux internationaux qui ont appelé à un moratoire sur la dissémination des organismes issus du forçage génétique.

Les pays du Sud ont proposé une série de termes pour stopper les disséminations d’organismes issus du forçage génétique dont les délégués doivent discuter.

Le cheval de Troie de Target Malaria

L’industrie de la biotechnologie a su tirer les leçons de ses premières tentatives pour imposer les Terminator dans le monde entier. En Egypte, les acteurs de cette industrie ne diront pas les choses clairement : ils présenteront leur cheval de Troie, Target Malaria — un projet de 100 millions de dollars US de l’Imperial College de Londres, au Royaume-Uni.

L’équipe de Target Malaria prétend relâcher dans un premier temps des moustiques génétiquement modifiés par forçage génétique, puis des moustiques « exterminator », présentant des risques très lourds, dans des villages d’Afrique de l’Ouest. Target Malaria promet, et ceci est totalement infondé, que ces technologies élimineront rapidement la maladie infectieuse la plus meurtrière au monde : le paludisme.

Au mépris des techniques éprouvées ayant éradiqué le paludisme dans de nombreux pays (tout récemment le Paraguay et le Sri Lanka), les organismes issus du forçage génétique de Target Malaria seront vendus comme « la » solution face à ces problèmes. Cependant, ils représentent en réalité un enjeu majeur pour l’écologie des systèmes alimentaires et de la biodiversité de la planète.

Au Burkina Faso, des milliers de personnes ont manifesté dans les rues contre les expérimentations de Target Malaria. Des mouvements africains et du monde entier se mobilisent actuellement pour dévoiler les fausses solutions qui font de l’Afrique un terrain d’expérimentation néocoloniale pour ces technologies viciées, et pour résister à ces fausses solutions.

Il y a vingt ans, la société a empêché l’industrie agroalimentaire de stériliser les semences des agriculteurs. Aujourd’hui, en Egypte, les gouvernements du monde entier doivent faire preuve de la même sagesse, de la même précaution et de la même prévoyance en affirmant le droit des paysans, des peuples autochtones et des communautés locales de protéger notre diversité biologique, et imposer un moratoire sur le forçage génétique.

Poursuivre le combat en Egypte

Au cours des négociations qui auront lieu en Egypte (du 17 au 29 novembre 2018), le Groupe ETC publiera régulièrement des mises à jour concernant la lutte contre les gènes « exterminators » du forçage génétique. Vous pouvez consulter ces mises à jour ici et partager ces ressources auprès de vos ami-e-s et allié-e-s et sur les réseaux sociaux.

Les organisations sont invitées à signer la  lettre contre le forçage génétique et à rejoindre le combat initié contre les technologies terminator et qui se poursuit aujourd’hui contre les exterminators.

Pour soutenir notre travail contre le forçage génétique, vous pouvez si vous le souhaitez faire un don, pour la fin de l’année, au Groupe ETC — les donations sont déductibles d’impôts aux Etats-Unis et au Canada.

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